Le 22 octobre 2015, au musée du Quai Branly, la 12è édition du Prix La Recherche a récompensé les meilleurs travaux scientifiques francophones de l’année passée, dans 12 mentions (dont une mention coup de cœur).

Les lauréats ont été désignés par un jury de pairs et de journalistes, présidé par Nicole Le Douarin, professeur au collège de France et médaille d’or du CNRS en 1986 pour ses travaux en biologie du développement. (Le mode d’emploi détaillé du Prix à lire ici.)

Vous pouvez retrouver dès maintenant le détail de ces prix dans le nouveau numéro de La Recherche, et dans les trois prochains numéros.

Les 12 équipes lauréates du Prix La Recherche 2015 sont :

>En archéologie :

L’équipe : Laurent Bruxelles, Ronald J. Clarke, Richard Maire, Richard Ortega et Dominic Stratford.

Son résultat : une nouvelle datation de l’australopithèque Little Foot.

Bien connu des amateurs de paléontologie, le fossile de Little Foot divisait les spécialistes sur son âge, de 4 à 2,2 millions d’années selon la méthode utilisée. Ce qui le plaçait tantôt dans les rangs de nos ancêtres, tantôt en dehors. En reconstituant l'histoire géologique de la grotte dans laquelle a chuté cet australopithèque, Laurent Bruxelles clôt la controverse sur son âge. Avec plus de 3,5 millions d'années, cet hominidé pourrait être un précurseur de l'homme.

Leurs affiliations :
Inrap, Université de Toulouse, Ecole de géographie, d’archéologie et d’études environnementales de l’Université du Witwatersrand, Université de Bordeaux, CNRS, Centre d’études nucléaires de Bordeaux Gradignan.

>En astrophysique :

L’équipe : Florent Renaud, Frédéric Bournaud, Katarina Krajlic et Pierre-Alain Duc.

Son résultat : la simulation de flambées stellaires.

Malgré l’expansion de l’univers, il arrive que certaines galaxies entrent en collision et interagissent. Au cours de ces collisions, les galaxies forment beaucoup plus d’étoiles (100 fois plus ) que si elles restent isolées. Grâce à leur simulation numérique, qui permet d’avoir une approche en 4D de ce phénomène, Florent Renaud et son équipe ont mis en évidence un changement de champ gravitationnel de ces galaxies qui va se transmettre au mouvement de turbulence du gaz, responsable de la formation des étoiles. C’est ce phénomène qui améliore la formation stellaire.

Les affiliations : CEA, CNRS, Université Paris-Diderot.

>En biologie :

L’équipe : Catherine Schuster, Jean-Luc Imler, Karim Majzoub, Mohamed Lamine Hafirassou, Carine Meignin, Akira Goto, Stefano Marzi, Antonina Fedorova, Yann Verdier, Joëlle Vinh, Jules A. Hoffmann, Franck Martin et Thomas F. Baumert.

Son résultat : la découverte de l’implication d’une protéine utilisée par les virus pour infecter une cellule.

En étudiant les virus de la drosophile, Catherine Schuster et son équipe ont constaté l’implication d’une protéine particulière du ribosome, responsable de la traduction du génome en protéines, dans la propagation de ces virus. Cette protéine, Rack1, fait la différence entre la traduction normale de la cellule et celle de ces virus, qui l’utilisent comme point d’ancrage sur le ribosome pour se propager et détourner la machinerie de la cellule-hôte. La découverte de ce mécanisme apporte de nouvelles pistes de traitement pour différents virus (virus d’insecte, hépatite C, rhinovirus, etc.).

Les affiliations : Institut de recherche sur les maladies virales et les hépatites,
Institut de biologie moléculaire et cellulaire, Université de Strasbourg, CNRS, Institut d’études avancées de l’Université de Strasbourg, Institut Hospitalo-Universitaire, Hôpitaux Universitaires de Strasbourg, ESPCI Paris Tech.

>En chimie :

L’équipe : Boris Vauzeilles, Jordi Mas Pons, Audrey Dumont, Gregory Sautejeau, Emilie Fugier, Aurélie Baron et Sam Dukan.

Son résultat : l'élaboration d'une nouvelle méthode de détection de la légionellose.

Détecter la légionellose, une maladie infectieuse, en trompant la bactérie qui en est responsable. La technique, développée par Boris Vauzeilles et son équipe, est inédite chez les bactéries. Le principe est simple : on fait incorporer un sucre “mouchard” légèrement modifié chimiquement à la bactérie. Elle l’incorpore à sa surface, ce qui la rend fluorescente.

Avec cette nouvelle méthode, la légionellose peut être détectée en moins de 24 heures, contre 10 à 12 jours pour la technique de détection classique en culture.

Les affiliations : Institut de Chimie des substances naturelles du CNRS, Institut de microbiologie de la Méditerranée, Institut de chimie moléculaire et des matériaux d’Orsay.

>En environnement :

L’équipe : Matthieu Legendre, Julia Bartoli, Lyubov Shmakovab, Sandra Jeudya, Karine Labadiec, Annie Adraitd, Magali Lescota, Olivier Poirota, Lionel Bertauxa, Christophe Bruleyd, Yohann Coutéd, Elizavet Rivkinab, Chantal Abergel et Jean-Michel Claverie.

Son résultat : la découverte d’un nouveau type de virus géant vieux de 30 000 ans.

En 2014, la découverte d'un nouveau virus géant, près de dix fois plus gros que les virus habituels, et doté d'un génome aussi complexe que celui des bactéries bouscule le regard que l'on porte sur le vivant. Son nom : Pithovirus sibericum. Il a été découvert dans le pergélisol sibérien, où il était resté inactivé pendant 30 000 ans. Depuis, l’équipe de Jean-Michel Claverie a mis au jour une autre famille de virus, celle des Mollivirus, elle aussi enfouie dans le pergélisol depuis 30 millénaires.

Les affiliations : Institut de microbiologie de la Méditerranée, Institut des problèmes physico-chimiques et biologiques du sol auprès de l’Académie russe des sciences, Institut de génomique, CEA, Institut de recherches en technologies et sciences pour le vivant, Inserm, Assistante publique - Hôpitaux de Marseille.

>En mathématiques :

L’équipe : Bertrand Deroin, Christophe Dupont et Victor Kleptsyn.

Son résultat : l’utilisation de méthodes innovantes pour étudier des équations différentielles.

Les équations différentielles permettent de modéliser l'évolution temporelle de nombreux systèmes physiques, ou biologiques ; elles apparaissent également au sein des mathématiques, par exemple dans l'étude des fonctions spéciales et leur usage en théorie des nombres. Ici, les chercheurs ont utilisé des méthodes innovantes pour étudier ces équations différentielles algébriques sur les surfaces complexes : leurs travaux mêlent systèmes dynamiques, topologie, géométrie algébrique, et ouvrent un nouvel horizon de recherches.

Les affiliations : Université de Rennes 1, ENS, CNRS.

>En neurosciences :

L’équipe : Sébastien Jacquemont, Bradley P. Coe, Micha Hersch, Michael H. Duyzend, Niklas Krumm, Sven Bergmann, Jacques S. Breckmann, Jill A. Rosenfeld et Evan E. Eichler.

Son résultat : Une explication à la différence de fréquence de l'autisme chez les femmes et chez les hommes.

Le fait est établi : les hommes sont plus sujets à l’autisme que les femmes. La raison, elle, restait incertaine. Les résultats des travaux de l’équipe de Sébastien Jacquemont ont en partie levé le voile sur ce mystère : ils ont constaté 30% de mutations délétères en plus chez les femmes autistes que chez les hommes. En d’autres termes, à taux de mutation égale, les femmes sont moins touchées par ce trouble que les hommes. Leur cerveau résisterait mieux aux mutations et montrerait moins de symptômes.

Les affiliations : Université de Lausanne, Ecole de médecine de l’Université de Washington, Institut Suisse de Bioinformatiques, Laboratoires Signature genomic, Institut médical Howard Hughes.

>En physique :

L’équipe : Juliette Pierre, Benjamin Dollet, Valentin Leroy, Florence Elias, Wiebke Drenckhan, Arnaud Saint-Jalmes et Alain Cagna.

Son résultat : la découverte de la propriété de la mousse liquide à bloquer certaines ondes sonores.

La texture particulière des mousses, entre fluide et solide, cache la surprenante propriété de bloquer des ondes sonores sur une large plage de fréquences. Pour en arriver à ce résultat, Valentin Leroy, dans le cadre du projet Samousse (Sonde Acoustique pour les Mousses - coordonné par Florence Elias) et son équipe ont mesuré le temps de propagation d’une onde sonore à travers la mousse, et ont ainsi constaté qu’elle arrivait à bloquer certains ultrasons. Une porte ouverte sur de nouvelles techniques d'isolation.

Les affiliations : Université Paris Diderot, Institut de physique de Rennes.

>En santé :

L’équipe : Morgane Perdomini, Brahim Belbellaa, Laurent Monassier, Laurence Reutenauer, Nadia Messaddeq, Nathalie Cartier, Ronald G. Crystal, Patrick Aubourg et Hélène Puccio.

Son résultat : avoir montré l’efficacité d’une thérapie génique dans le traitement d’une cardiopyopathie chez la souris.

Grâce à la thérapie génique, il sera peut-être bientôt possible de soigner l’ataxie de Freidreich, une maladie génétique mortelle qui touche le système nerveux et le coeur et concerne environ 1500 personnes en France. Les chercheurs ont constaté l’efficacité de cette technique chez des souris présentant certains symptôme de la maladie, notamment la cardiomyopathie, conséquence de l’ataxie. Ils travaillent maintenant à transposer ce médicament chez l’homme.

Les affiliations : Institut de génétique et de biologie moléculaire cellulaire, Collège de France, Université de Strasbourg, Inserm, CNRS, Université Paris-Sud, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, Weill Cornell Medical College.


>En sciences de l’information :

L’équipe : Fabien André, Anne-Marie Kermarrec, Erwan Le Merrer, Nicolas Le Scouarnec, Gilles Straub et Alaxandre van Kempen.

Son résultat : une nouvelles méthode de stockage sûr de données.

Certaines des données informatiques stockées dans le cloud n’ont pas besoin d’être consultées régulièrement. Pour ces données dites froides, une méthode très innovante de stockage à moindre coût vient de voir le jour. Imaginée par l’équipe d’Anne-Marie Kermarrec, elle permet un gain important de place tout en garantissant une parfaite remise en état du système après la réparation des données.

Les affiliations : Inria, Technicolor.

>En technologie :

L’équipe : Zhou Ye, Stéphane Régnier et Metin Sitti.

Son résultat : la conception d’un prototype de micro-robots nageurs à plusieurs flagelles.

Des robots microscopiques imaginés par une équipe franco-américaine peuvent se propulser dans des fluides biologiques. Mesurant 600 micromètres de long, ces robots nageurs se déplacent grâce à plusieurs flagelles flexibles, cinq fois plus rapidement que leurs prédécesseurs. A partir de ces prototypes, les chercheurs espèrent, à long terme, réaliser des actes médicaux à l'échelle cellulaire.

Les affiliations : Institut des systèmes intelligents et de robotique, Université Carnegie-Mellon.

>Et le prix spécial :

L’équipe : Médéric Argentina, Mattia Gazzola et Lakshminarayanan Mahadevan.

Son résultat : l'élaboration d'une loi physique universelle caractérisant la nage des animaux.

La nage des animaux peut être caractérisée par une loi physique universelle. Grâce à l’étude d’une base de données sur 50 ans, sur des animaux de toutes les tailles (de quelques millimètres à plusieurs dizaines de mètres), les chercheurs ont établi que la vitesse de nage de tous ces organismes est essentiellement dépendante de l’organe propulseur (les ailes des pingouins, la queue du crocodile, les ondulations de la raie manta, etc).

Les affiliations : Institut Non Linéaire de Nice , CNRS, Université Harvard.